Comment décrypter l’offre d’un fournisseur d’électricité

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Décrypter l’offre d’un fournisseur d’électricité est un exercice périlleux pour qui ne dispose pas des outils adéquats. Par exemple cette cliente, qui m’appelle un jour pour m’affirmer que la proposition de son fournisseur était plus intéressante de 10% par rapport à celle du meilleur fournisseur que je lui avait présenté.
Bien entendu, elle venait de tomber dans un des nombreux pièges tendus dans la proposition du fournisseur ! Et plus précisément dans ses simulations, qui ne tenaient pas compte du TURPE : 8000 € HTT de différence : une broutille !
L’objectif de cet article vise donc à vous donner la  grille de lecture minimale pour interpréter la proposition d’un fournisseur d’électricité si vous voulez vous charger vous-même de votre négociation électricité.

 

 

TURPE et abonnement

Comme je viens de le préciser en introduction, la simulation du fournisseur d’électricité omettait de mentionner le montant du TURPE (Tarif Unitaire d’Utilisation du Réseau d’Electricité). Autrement dit, il sous-estimait volontairement son budget HTT (Hors Toutes Taxes) pour maquiller une offre trop chère par rapport à celle de ses concurrents.

L’astuce du fournisseur est simple et redoutablement efficace :

  1. L’offre doit ressembler aux anciens tarifs réglementés.
  2. Elle doit comporter une ligne appelée “Abonnement”.
  3. Elle ne mentionne pas le montant du TURPE.
  4. Et elle mentionne, ce qui est normal, un prix du kWh par plage horaire.

La proposition tarifaire ressemble à alors à quelque chose comme cela :

Abonnement €/mois HT: 56.667 €
Energie (Pe) c€/kWh

  • PTE              7.256 €
  • HPH            6.158 €
  • HCH            4.360 €
  • HPE             5.144 €
  • HCE             3.030 €

Nombreux sont les clients, habitués au tarif réglementé de l’électricité, à confondre « abonnement » et « acheminement ». Selon plusieurs clients, certains commerciaux de ce fournisseur n’ont pas hésité à affirmer au client qu’avec ce type d’offre de marché, le montant de l’abonnement diminuait par rapport au tarif réglementé. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à ma cliente.

 

Calcul du TURPE

Le TURPE est un élément essentiel des contrats électricité en tarif marché. Il est constitué d’un ensemble de composantes fixes et variables que vous pouvez calculer en téléchargeant un PDF sur le site d’ERDF. Le TURPE est principalement constitué de 3 composantes fixes et de 2 composantes variables qui dépendent de plusieurs paramètres (consommation d’électricité, puissances souscrites, puissances atteintes par période horaire, durée des dépassements, etc.).

Simuler le montant HTT (Hors Toutes Taxes) d’un budget électricité nécessite d’additionner le montant de l’abonnement, de la consommation d’électricité avec toutes les composantes du TURPE. Et c’est là où le bât blesse chez certains fournisseurs. Tous ne comptabilisent pas l’ensemble des composantes du TURPE, comme vous pourrez le lire dans cet article.

J’ai ainsi invité ma cliente à contacter son fournisseur pour qu’il lui communique le montant du TURPE. Réponse 2.000 € environ, pour un montant réel, rappelons-le, de 8.000 € ! 

Si vous avez un doute, 3 solutions s’offrent à vous :

  1. demander le détail du calcul au fournisseur.
  2. choisir un des 2 montants (je suggère le plus élevé), et l’appliquer à chacune des 2 offres. C’est ce que je préconise pour éviter toute mauvaise surprise.
  3. utiliser votre tableur favori pour construire un outil qui vous permettra de simuler les offres (novices en maths et programmation excel s’abstenir !).

 

Prix du kWh électrique

Avant toute chose, il faut savoir que :

  • Certaines offres sont horosaisonnalisées, d’autres non. Il n’y a pas de règle stricte en la matière.
  • Certaines offres sont à prix fixe sur toute la période contractuelle, d’autres intègrent une augmentation programmée.
  • Certains fournisseurs intègrent des clauses contractuelles qui leur permettront d’augmenter des tarifs pourtant annoncés comme fixes !

La principale difficulté est de savoir comment comparer des offres aussi différentes.

Pour cela, il n’y a qu’un seul moyen : utiliser l’historique de consommation annuel passé pour évaluer son budget futur … et se méfier comme de la peste des simulations des fournisseurs.

 

Durée du contrat électricité

Un contrat marché se souscrit sur une durée maximum de 3 ans.

Tous, sans exception, incluent une clause de tacite reconduction. Ce qui signifie que, dès que vous avez souscrit un contrat marché, vous devez prévoir la date de la prochaine négociation pour éviter de voir votre contrat reconduit tacitement, sans avoir la possibilité de faire à nouveau jouter la concurrence.

Début 2016, on observait principalement 3 types de contrats marché :

  • des contrats 1 an “indexés sur l’ARENH et les tarifs marché”. Une révision des prix peut se faire à date anniversaire ou en cours de contrat, par exemple tous les 6 mois. Notons qu’aucune formule mathématique n’est généralement précisée pour la révision des prix. Les fournisseurs qui proposent ce type de contrat ont donc le champ libre pour imposer les prix qu’ils veulent.
  • Des contrats sur 2 ou 3 ans à prix fixe, avec engagement ferme sur toute la période. Vous ne pouvez pas sortir du contrat sans payer de pénalités. L’avantage est de ne pas passer son temps à renégocier ses contrats chaque année.
  • Des contrats sur 2 ans à prix fixe, sans engagement pour le client (valable uniquement sur les contrats jaunes). Ces contrats ont l’avantage de permettre au client de pouvoir profiter de toute opportunité qui pourrait se présenter, sans devoir payer la moindre pénalité pour rupture anticipée du contrat.

Ces 3 types de contrats ne sont que des exemples observés début 2016. Il y a fort à parier que les modèles de contrats se multiplient au fur et à mesure de la maturation de ce marché.

 

Alors, comment faire son choix ?

Il n’y a pas vraiment de règle. Chaque client est traité au cas par cas.

Pour les contrats vert, il est communément admis que les contrat 3 ans à prix fixe (prix du kWh + abonnement) sont recommandés. Ces contrats ont en effet l’énorme avantage de préserver des hausses attendues des tarifs du kWh pendant 3 ans. La contrepartie est qu’il faut prévoir une augmentation brutale à chaque renégociation(*).

Pour les contrats jaunes, signer un contrat 2 ans sans engagement ou sur 3 ans avec engagement est question de vision personnelle. 2 ans sans engagement permet d’être disponible pour sauter sur une occasion qui se présenterait. En revanche, contrairement aux contrats 3 ans fixes, si aucune occasion ne se présente, on perd une année de stabilité par rapport aux contrats 3 ans.

Les contrats sur 1 an sont à réserver aux situations instables : la modification de couleur de compteur dans l’année qui suit la souscription par exemple. Au vu des hausses annoncées pour les années à venir (*), ces contrats ne sont certainement pas à privilégier. En revanche, en cas de déménagement ou de fermeture de site, les clauses contractuelles protègent le client qui ne sera soumis à aucune pénalité en général (bien lire les conditions générales de vente avant de signer).

(*) Les projections annoncent des augmentations de tarifs de 30% d’ici 2017 et 50% d’ici 2020 (source CRE : Commission de Régulation de l’Energie). La CRE a publié un communiqué de presse le 29 juillet 2015, jugeant les hausses envisagées au 1er août 2015 “très insuffisantes pour réaliser l’intégralité des rattrapages tarifaires des années 2012, 2013 et 2014 d’ici le 1er janvier 2016”. La hausse préconisée par la CRE était de 8.5%.


Voilà, vous en savez un peu plus sur les contrats électricité. Si vous avez des questions ou des suggestions à apporter sur cet article, n’hésitez pas à utiliser le formulaire de contact tout en bas de cette page.


 

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